Les mathématiques ne feront pas notre salut

  1. Avec pas moins de quinze médailles Field sortant de laboratoires français, l’hexagone entretient un rapport particulier avec les mathématiques. La filière C, devenue bac S spé maths, reste inscrite comme la voie royale dans la mentalité des parents, des enseignants, et même des filières d’orientation : une classe préparatoire littéraire  assumant privilégier les “spécialité mathématiques ». Cette préférence affichée s’affiche-t-elle dans les résultats ? Non, alors même que les terminales S sont ceux qui bénéficient (en moyenne) du plus d’heures (222 annuelles), de nombreux pays performent davantage.. Comment expliquer ce camouflet ? En dépit des efforts produits par les gouvernements successifs, nulle matière n’inspire autant de rejet que les mathématiques. Parce que dès le plus jeune âge, elles nous furent cristallisées comme essentielles. Même les bacheliers L sont fortement encouragés à conserver un certain enseignement mathématique. « Quoi que l’on fasse, les maths sont utiles » nous souffle l’idéologie dominante. Nous avons également intégrés qu’elles constituaient le sommet de l’abstraction, l’apogée de l’esprit analytique, qualités communément attribuées aux hommes. Et pour cause, si les écoles d’ingénieur de physique et de chimie se féminisent, celles de mathématiques peinent à atteindre la parité. L’aura que nous leur avons donnée ne les a rendues que plus élitistes, corrompant une orientation saine. Ainsi j’ai trouvé dans le cadre de mes recherches sur le concours général plusieurs prix de philosophie en prépa scientifique mais je vous mets au défi de dénicher le moindre lauréat de mathématique perdu en filière littéraire. Induire une hiérarchie des disciplines ne peut que conduire à des essentialisations forcées et à la frustration de générations entières.

 

Nous avons voulu insuffler l’esprit mathématique à chacun de nos concitoyens mais cette démarche était contre-productive. Nul n’est passionné par l’utilitarisme. Acceptons que nous ne devenions pas tous de grands mathématiciens et  revenons aux racines : théorème vient du grec théa, contemplation. Contemplons à nouveau les mathématiques ! Nous retrouverons alors des élèves heureux de s’engager dans une carrière scientifique pour ce qu’elle est. Les mathématiques doivent redevenir une finalité, et non un moyen, pour redevenir attractives.

Mariane Woodward
                           

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